Journal Nice Matin, Nice, 16 Décembre 1983.
A la citadelle de Villefranche-sur-Mer
Vingt et un peintres tunisiens proposent une nouvelle lecture de la tradition artistique arabo-islamique
Vingt et un peintres tunisiens proposent une nouvelle lecture de la tradition artistique arabo-islamique
Il s'appelle Nja Mahdaoui. Passionné et convaincant, il admire Klee, Vasarely, Xénakis et Stockhausen. Il est peintre, il a un talent fou et vient de franchir la Méditerranée pour présenter à la citadelle de Villefranche-sur-Mer une exposition collective intitulée « Signes, symboles et calligraphie arabe dans l'art tunisien contemporain» (1).
Les œuvres que l'on peut découvrir à l'occasion de cette manifestation sont toutes signées par des artistes soucieux de privilégier des formes et des valeurs plastiques provenant du patrimoine arabo-musulman. « Avant
1956, explique Nja Mahdaoui, la peinture tunisienne était profondément influencée par les maîtres français enseignant aux Beaux-Arts. Après l'indépendance, on a assisté à l'apparition d'une nouvelle vague de créateurs très marqués par une modernité à caractère internationaliste. Depuis 1965 environ, s'affirme un troisième courant dont le précurseur fut Néjib Belkhodja. Un courant qui s'efforce de revenir aux sources sans se replier stérilement sur le passé. »
Les disciples de Belkhodja s'intéressent au travail des tisserands, à la broderie, à la céramique, à la bijouterie et même aux tatouages rituels. Rédigé par Nja Mahdaoui le « Manifeste pour une esthétique du signe » (auquel adhèrent ces peintres du renouveau) prend cependant ses distances avec le pittoresque, le typique, l'exotique et le folklore. Ce texte-clé propose essentiellement de concilier tradition et modernisme dans un monde arabo-islamique en pleine évolution.
Pas question donc de ressasser des thèmes séculaires plus ou moins figés. Il s'agit de créer des œuvres plastiques en y intégrant les données spécifiques de la culture du Maghreb tout en utilisant les ressources de la technique la plus actuelle afin que la part sauvegardée d'un patrimoine particulier puisse accéder à l'universalité de l'art. Nja Mahdaoui résume cette démarche en une formule lapidaire : «Nous voulons dire les choses aujourd'hui en respectant ce qui fut autrefois.»
Les œuvres que l'on peut découvrir à l'occasion de cette manifestation sont toutes signées par des artistes soucieux de privilégier des formes et des valeurs plastiques provenant du patrimoine arabo-musulman. « Avant
1956, explique Nja Mahdaoui, la peinture tunisienne était profondément influencée par les maîtres français enseignant aux Beaux-Arts. Après l'indépendance, on a assisté à l'apparition d'une nouvelle vague de créateurs très marqués par une modernité à caractère internationaliste. Depuis 1965 environ, s'affirme un troisième courant dont le précurseur fut Néjib Belkhodja. Un courant qui s'efforce de revenir aux sources sans se replier stérilement sur le passé. »
Les disciples de Belkhodja s'intéressent au travail des tisserands, à la broderie, à la céramique, à la bijouterie et même aux tatouages rituels. Rédigé par Nja Mahdaoui le « Manifeste pour une esthétique du signe » (auquel adhèrent ces peintres du renouveau) prend cependant ses distances avec le pittoresque, le typique, l'exotique et le folklore. Ce texte-clé propose essentiellement de concilier tradition et modernisme dans un monde arabo-islamique en pleine évolution.
Pas question donc de ressasser des thèmes séculaires plus ou moins figés. Il s'agit de créer des œuvres plastiques en y intégrant les données spécifiques de la culture du Maghreb tout en utilisant les ressources de la technique la plus actuelle afin que la part sauvegardée d'un patrimoine particulier puisse accéder à l'universalité de l'art. Nja Mahdaoui résume cette démarche en une formule lapidaire : «Nous voulons dire les choses aujourd'hui en respectant ce qui fut autrefois.»

De la lettre à la peinture
Dans cette aventure, plusieurs peintres importants sont revenus vers la caligraphie qui est le fondement de toute une partie, et non des moindres, de l'art musulman. Mais avec eux une approche révolutionnaire a pris forme. Ils ont abandonné le graphisme sacré glorifiant le nom d'Allah, celui du prophète et les versets du Coran.
Sous leur pinceau, la lettre se vide de son sens littéral. Elle devient un objet plastiquement signifiant qui se suffit à lui-même et interpelle le regard. Leurs calligraphie savantes sont des « non-textes », des pages de silence formel, des espaces où le « non-dit » devient une création pure libérée du code initial.
Mais ce qui est valable pour l'alphabet arabe l'est aussi pour tous les signes, pour tous les symboles inlassablement répétés depuis la nuit des temps par les artisans africains. Ce matériel iconographique foisonnant mérite lui aussi d'être intégré par des créateurs lucides et audacieux dans des œuvres susceptibles de s'offrir à l'œil des amateurs du monde entier. Parce que tous les patrimoines plus ou moins archaïques méritent d'être dynamisés, les jeunes peintres tunisiens veulent inciter les plasticiens du tiers monde à réfléchir ensemble afin d'entreprendre une large re-lecture des traditions.
Un vaste programme. Mais les toiles que l'on peut voir à Villefranche plaident magistralement en faveur d'une telle expérience.
Sous leur pinceau, la lettre se vide de son sens littéral. Elle devient un objet plastiquement signifiant qui se suffit à lui-même et interpelle le regard. Leurs calligraphie savantes sont des « non-textes », des pages de silence formel, des espaces où le « non-dit » devient une création pure libérée du code initial.
Mais ce qui est valable pour l'alphabet arabe l'est aussi pour tous les signes, pour tous les symboles inlassablement répétés depuis la nuit des temps par les artisans africains. Ce matériel iconographique foisonnant mérite lui aussi d'être intégré par des créateurs lucides et audacieux dans des œuvres susceptibles de s'offrir à l'œil des amateurs du monde entier. Parce que tous les patrimoines plus ou moins archaïques méritent d'être dynamisés, les jeunes peintres tunisiens veulent inciter les plasticiens du tiers monde à réfléchir ensemble afin d'entreprendre une large re-lecture des traditions.
Un vaste programme. Mais les toiles que l'on peut voir à Villefranche plaident magistralement en faveur d'une telle expérience.
M. D.
(1) Préparée par le ministère tunisien des Affaires culturelles, l'exposition « Signes, symboles et calligraphie arabe » est présentée à Villefranche sous le triple patronage de la municipalité, du consulat général de Tunisie à Nice et de l'Association France-Tunisie (Côte d'Azur). Elle est ouverte tous les jours, de 8 h à midi et de 14 h à 17 h 30, sauf le samedi après-midi et le dimanche.
