Commissaire de l'exposition de groupe Signes, Symboles et Calligraphie arabe dans l'art contemporain Tunisien, produite par le Ministère des Affaires Culturelles Tunisien, à l'occasion de la semaine d'amitié tuniso-sénégalaise, au Théâtre Sorano à Dakar, en Avril 1982.

Signes, Symboles et Calligraphie arabe
dans l'art contemporain Tunisien
Les œuvres qui figurent à cette exposition ont été choisies pour illustrer un courant assez important de l'art contemporain tunisien, puisant ses formes essentielles dans le patrimoine plastique des signes, symboles et calligraphies.
L'intérêt de ce courant réside dans le fait qu'il est d'abord nouveau et représente ainsi les recherches les plus récentes de l'action artistique, ensuite parce qu'il met l'accent sur une réalité, à nos yeux, essentielle à savoir la double appartenance de la Tunisie au monde arabo-musulman et à l'Afrique.
La vitalité des anciennes valeurs plastiques se révèle dans le geste de l'artiste-artisan moderne qui de plus en plus cherche à s'enraciner dans son milieu, sa culture, à travers une esthétique respectueuse de la tradition, en ce qu'elle a d'essentiel, tout en essayant de s'ouvrir sur de nouvelles possibilités d'expression, de nouvelles voies qui puissent l'accorder à l'universel.
C'est ce geste presque rituel que l'on reconnaît dans les bois gravés et peints de Ali Bellagha profondément imprégné des valeurs plastiques artisanales.
Néjib Belkhodja étudie les lignes géométriques de l'architecture arabe de la médina et fait éclater l'axe conventionnel de la toile en liant les courbes des coupoles aux horizontales et verticales des murs les fondant avec la calligraphie coufique.
Ben Mefteh, traite le cuivre plutôt comme ciseleur que comme graveur... et crée des formes qui se situent dans la lignée des contes fantastiques arabes avec une rigueur et une précision de dessinateur-narrateur.
Gouider Triki, fils du Cap-Bon, région célèbre pour l'art de la broderie, explore l'univers de l'enfance et peuple ses tableaux de scènes fantasques mais qu'il puise dans la vie de tous les jours, avec une technique faite de vibrations, de graphismes libres de toute contrainte d'école.
Adel Megdiche, part d'une vision personnelle des signes-symboles que l'on retrouve dans les nattes, les tapis et plus spécialement dans certains tatouages du Nord de la Tunisie.
Zenaidi, à son tour, reprend certains signes traditionnels et les agence comme point de départ à des compositions géométriques allant vers une abstraction où les couleurs prennent le pas sur le trait.
Safia Farhat, outre le dessin et la peinture, s'exprime par ses oeuvres tissées en haute lisse (tapisserie en laine) réalisées par des artisanes à la main à partir d'un carton-oeuvre finie sur canevas. Les thèmes essentiels traités prennent leur source dans les signes classiques de la tapisserie tunisienne d'extrême sud, où dominent des symboles arabo-africains agrémentés parfois de notes figuratives, tels ce profil féminin, qui revient dans la plupart des œuvres.
Njeh Mohamed, utilisant lui aussi la technique de haute lisse, affectionne des formes plus modernes à partir d'un carton-oeuvre finie, qui permettent des jeux de trame se fondant sur l'improvisation.
El Bekri, crée par des touches libres et quelque peu impressionnistes, un certain espace plastique reprenant les vieilles enjolivures des broderies, ciselures, gravures traditionnelles mêlées aux signes et calligrammes des vieux parchemins.
Sammoud, utilise lui aussi la nouvelle manière plastique tendant à rénover par la reprise de la tradition et par l'utilisation de la calligraphie arabe comme forme gestuelle.
L'œuvre abstraite de Hédi Turki, évoque le carré mystique dont les contours renvoient toujours le regard à un centre imaginaire où la couleur est souveraine.
Nja Mahdaoui, s'étant libéré des contraintes traditionnelles, utilise le signe calligraphique dans des compositions d'aspect classique, mais n'ayant de lien avec la tradition de la calligraphie qu'au niveau formel dégagé de toute valeur sémantique. La lettre libre se place en tant qu'élément plastique objectif évoquant par éclatement la civilisation arabo-islamique du point de vue de l'art pur, séparé du discours scientifique...
Nja MAHDAOUI
Avril 1982
Avril 1982
